Retour sur les Assises Territoriales de la transition agroécologique et de l’alimentation durable – Partie 2

Les 12 et 13 septembre derniers se sont tenues les Assises territoriales de l’Agroécologie et de l’Alimentation à Nantes.
Chloé LELARGE de Frugali et Esther DINH, animatrice du PAT du Pays de Sundgau, étaient présentes et se sont proposées de nous en faire leur retour avec leurs regards complémentaires.

Seconde partie, avec le retour de Chloé que la plénière a inspiré et qui a animé – avec Frugali – l’un des ateliers de ces Assises.

Tout comme le retour fait par Esther, cet article est sien. N’hésitez pas à commenter / questionner les éléments qui sont ici mis à discussion par l’autrice.

Les éléments qui ont marqué Chloé LELARGE et FRUGALI

Chloé, pendant les Assises devant une des plus célèbres spécialités Nantaises

Frugali a participé à ces deux journées riches de partage, de découvertes et d’animations.

Voici une note en forme de tribune et d’éclairage sur les différents temps forts.

Territoire, précarités et production : une plénière engagée

Ces deux journées ont débuté par une plénière réunissant les 800 participants de ces Assises, rien de mieux pour sentir l’énergie et la force du collectif. Se sont succédés des chercheurs, des politiques, des porteurs de projet. Tous étaient en accord pour objectiver le fait de changer les gouvernances des systèmes alimentaires “[…] Que cet objectif ne serait pas atteint sans changement d’échelle, ni massification du changement, ni accélération”.

Là, étaient l’ambition de ces Assises, c’est en tout cas, comme cela que nous l’avons ressenti : penser filière, mieux appréhender le foncier agricole d’une part, et d’autre part sourcer le besoin des habitants-consommateurs-citoyens. Le clou a été enfoncé pour insister sur la hausse importante des précarités alimentaires, la hausse des pathologies liées à la malnutrition, la perte de repères alimentaires…

Chez Frugali nous avons écouté ces discours, tout à fait convaincues, mais regardé “notre capacité collective à répondre à ses enjeux”, de manière perplexe. Constatant la non présence à la fois dans le public, et dans l’assemblée de « représentants des Grandes et Moyennes Surfaces et l’agro-industrie”,
Ni transformateur, ni distributeur.
Doit-on rappeler que 70% des achats alimentaires des français se font dans les enseignes de la grande distribution ?
C’est à l’image du fonctionnement des réponses politiques actuelles où agissent deux logiques parallèles, l’une faisant du tort à l’autre.

D’une part une logique de production massive, industrielle, peu connectée finalement aux territoires, aux personnes qui produisent et consomment. Un marché alimentaire somme toute régulé par la surproduction et les prix. Puis les tentatives louables de recréer du lien à travers les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), notamment ; de créer des actions de sensibilisation, de prévention des précarité alimentaires.

L’accent a été mis sur l’importance des territoires et cette juste notion a été rappelée lors de la plénière : “par le territoire nous créons et développons le sentiment d’identité[…]”. La gouvernance territoriale n’est pas nécessaire mais obligatoire si l’on veut pérenniser et structurer des filières, répondre aux critère de alimentation durable. Point de vigilance néanmoins : cette “instance de gouvernance politique” est “ à définir par chacun”. Autrement dit l’échelon de gouvernance ne peut être un pâle artefact issu du copié-collé d’une région, d’un département ou d’une ville voisin/voisine.

“Former autrement pour la transition alimentaire”.

A son échelle, Frugali a tenté en 2022 de faire rimer industrie, filière, alimentation et management durable.

Tout est parti de cet objectif : transmettre aux futurs professionnels des filières agro-alimentaires une culture de l’alimentation saine, durable et accessible mais aussi être capable d’adopter une posture professionnelle sur ces sujets.

Nous avons donc présenté le bilan de ce projet lors des ces deux journées sur les ateliers : “Former autrement pour la transition alimentaire”.

Frugali a créé un module d’enseignement à destination de la Licence professionnelle Qualité et sécurité en production agro-alimentaire de l’Université de Lorraine portant sur la mise à jour des connaissances et recommandations en matière de prévention-santé en alimentation ; le renforcement de l’esprit critique vis-à-vis des critères de la transition alimentaire et de l’alimentation durable ; l’initiation et l’approfondissement des pratiques posturales au regard des attentes, contraintes et évolutions du milieu professionnel sur ces thématiques ; et la prise en compte des enjeux climatiques. Un partenariat a été établi au sein des cursus de formation initiaux, notamment ceux formant aux futurs acteurs des systèmes alimentaires. L’opportunité de réaliser ce module (créé de toute pièce) pour l’IUT a été grandement facilité par la responsable de licence, sensible et engagée sur ces questions.

A la suite de cette présentation, les remarques des participants ont été les suivantes.
“ Je ne vous demande pas la rentabilité de cette intervention “
“Quelle a été la réaction des étudiants , ont-ils été déstabilisés ; ont-ils compris l’intérêt ?
“C’est audacieux d’aller parler alimentation ultra-transformée et santé à des étudiants à qui on apprend justement à fabriquer des produits ultra-transformés, bravo, vous avez du courage et du mérite”

Plusieurs acteurs de la formation étaient présents autour de la table et nous avons conclu collectivement là-dessus :

Concernant le besoin en formation, tous constatent une forte demande sur :

  • la formation aux nouvelles formes d’agricultures
  • la reconversion professionnelle par l’acquisition de connaissances sur l’éventail des métiers en agriculture et en alimentaire
  • l’accompagnement au montage d’exploitation
  • l’éveil sur les régimes alimentaires préventifs et leurs conséquences sur la santé et l’environnement

Concernant le financement des formations, un constat malheureusement partagé a été dressé. La formation initiale ou continue dans ces domaines d’activités reste peu rémunératrice et les circuits de financements sont des montages lourds pour peu de dotation finale.

Ces Assises auront donc eu le mérite de mettre les pieds dans le plat sur des sujets prégnants tout en nous confortant sur le fait que le faire ensemble et la transmission restent les conditions sine qua none pour un changement de nos modèles et systèmes alimentaires.

Nous remercions tout particulièrement l’équipe du CNFPT/Inset de Nancy; ainsi que toute l’organisation sur place.

Chloé Lelarge pour Frugali

Dernière modification le 13 octobre 2022 par Citoyens et Territoires

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