Le Haut Conseil pour le Climat rend son rapport annuel : en agriculture aussi, « dépasser les constats, mettre en oeuvre les solutions »

Le Haut Conseil pour le Climat a rendu le 29 juin 2022 son rapport, concernant la trajectoire de la France par rapport à ses engagements dans l’atténuation du changement climatique et notamment au regard de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Au delà des constats généraux, chaque secteur a été analysé et notamment l’agriculture qui représente 19% des émissions de gaz à effets de serre de la France.
Un document et un travail intéressants pour un Réseau d’acteurs comme le nôtre, qui s’attache à ce que l’agriculture et l’alimentation engagent leur transition vers un modèle soutenable et durable.

Voici, les principaux enseignements et citations extraits du document, que vous retrouverez ci-dessous et qui s’attarde sur l’agriculture à partir de la page 48.

Les constats : une tendance à la baisse…à amplifier

Les émissions du secteur de l’agriculture ont diminué de 1,9 % en 2020 (dernière année disponible), pour atteindre 81 Mt éqCO2, confirmant leur tendance à la baisse depuis au moins 2018. Les émissions de l’agriculture contribuent à hauteur de 19 % des émissions nationales. Cette baisse s’explique principalement par une poursuite de la diminution de la taille du cheptel bovin et par une diminution de l’azote minéral épandu, en lien avec des conditions météorologiques défavorables aux cultures en 2020. Les émissions provenant des engins, moteurs et chaudières, ont augmenté de 5 % en 2020, contrairement à leur tendance à la baisse sur la période 2009-2019.

Les ambitions du paquet européen « Fit for 55 » impliqueraient une accélération des objectifs de réduction d’émissions. Les émissions de l’agriculture présentent une trajectoire respectant à ce stade les budgets carbones sectoriels fixés par la SNBC2. Celle-ci prévoit une réduction moyenne de 1,0 Mt éqCO2 par an sur la période 2022-2030, mais cet objectif pourrait devoir s’élever à 3,3 Mt éqCO2 par an avec la prise en compte du paquet Fit for 55. En comparaison, les émissions ont diminué de 1,2 Mt éqCO2 par an en moyenne sur la période 2015-2020. Par ailleurs, l’engagement de la France pris à la COP26 de réduire ses émissions de méthane de 30 % en 2030 doit faire l’objet d’un suivi attentif quant aux émissions des élevages de ruminants.

Le Plan stratégique national, dans sa version actuelle, de la future Politique agricole commune 2023-2027 contribuerait à atteindre seulement la moitié des objectifs climatiques fixés par la SNBC2 à horizon 2030, même sans tenir compte de l’accélération induite par le paquet « Fit for 55 ». Ce plan dans sa version actuelle contient des enveloppes budgétaires limitées pour le climat et les critères d’attribution des aides ne sont pas assez exigeants. Le Plan stratégique national (PSN) peut être renforcé avant son entrée en vigueur. Les mesures du Varenne agricole de l’eau engagent des stratégies d’adaptation des filières, qui doivent veiller à préparer le besoin de transitions systémiques à plus long terme.

La trajectoire de réduction des émissions de protoxyde d’azote (N2O) fixée dans la Loi Climat et Résilience attend la publication d’un décret. La guerre en Ukraine a exacerbé les tensions sur les prix des engrais minéraux ce qui peut créer une incitation à réduire leur usage. Les financements pour le développement des cultures de légumineuses sont en augmentation, ainsi que les actions visant à structurer leur utilisation pour l’alimentation humaine. Les nouvelles lignes directrice du GIEC de 2019 affecteront la comptabilité des émissions de N2O à partir de 2023, avec une augmentation pour les engrais minéraux, une baisse pour les engrais organiques et une potentielle diminution pour l’agriculture.

Les bonnes pratiques de stockage de carbone dans les sols agricoles sont peu soutenues et les développements méthodologiques ne sont pas harmonisés. Les méthodes de certification de réductions d’émissions ou de stockage de carbone sont en cours de développement. Elles ne sont pas normalisées à l’échelle européenne. Les fonds de développements technologiques centrés sur le numérique, la robotique et la génétique peuvent encourager les innovations ayant un potentiel pour réduire les émissions.

Les recommandations

Les actions visées par ces recommandations, sont précisées page 50 et suivantes.

En résumé, 4 axes ressortent :

  • Réviser le plan stratégique national de la future politique agricole commune 2023-2027 (PAC) à la hauteur des nouveaux objectifs européens (MAA, 2022)
  • Améliorer la connaissance des pratiques de stockage du carbone et accélérer leur adoption
  • Consolider l’ambition et évaluer les effets des politiques agricoles pour le climat
  • Inciter la réduction des émissions générées par les engrais minéraux azotes via l’outil fiscal
Rapport-annuel-Haut-conseil-pour-le-climat-29062022-1

Dernière modification le 30 juin 2022 par Citoyens et Territoires

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