Lutte contre le gaspillage alimentaire : des ambitions nationales aux actions territoriales, quels défis pour les années à venir ?

À l’occasion de la Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire, le 16 octobre dernier, le réseau PARTAAGE, à travers la dynamique RÉGAL Grand Est, s’est rendu à Paris pour participer à la réunion plénière du Conseil national de lutte contre le gaspillage alimentaire, organisée au ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Une journée riche en échanges, qui a permis de revenir sur les avancées de ces dernières années, mais surtout sur les défis qui restent à relever.

Guillaume GAROT lors de la plenière du Conseil National de lutte contre le gaspillage alimentaire le 16 octobre 2026

Dix ans après la loi Garot, où en est la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Depuis l’adoption de la loi Garot en 2016, la France s’est progressivement dotée d’un cadre réglementaire ambitieux pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Renforcé par les lois EGalim et AGEC, celui-ci fixe notamment des objectifs de réduction du gaspillage et encourage les acteurs de la chaîne alimentaire à développer des démarches de prévention.

Dix ans plus tard, des progrès sont visibles. La lutte contre le gaspillage alimentaire s’est progressivement installée dans les pratiques des acteurs de la distribution, de la restauration collective et des territoires. Le développement du label national anti-gaspillage alimentaire, les démarches de diagnostic ou encore la multiplication des initiatives locales témoignent de cette mobilisation.

Pour autant, comme cela a été rappelé lors de cette journée, « le cadre juridique ambitieux ne suffit pas ».

Au-delà de son impact environnemental, le gaspillage alimentaire représente également un enjeu économique et social majeur. Dans un contexte où l’accès à une alimentation de qualité reste difficile pour une partie de la population, la question de la prévention des pertes, mais aussi celle de la redistribution des denrées encore consommables, prend une importance particulière.

La réunion a également permis de revenir sur les travaux des États généraux du gaspillage alimentaire et sur les perspectives ouvertes par la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC).

Parmi les pistes discutées figuraient notamment l’évolution des pratiques en restauration, une meilleure valorisation des coproduits alimentaires ou encore des dispositifs permettant d’encourager les dons. Ces propositions ont nourri les échanges sans constituer, à ce stade, de nouvelles mesures adoptées.

L’enjeu des prochaines années sera donc de transformer les ambitions réglementaires en résultats concrets, mesurables et durables, à chaque étape de la chaîne alimentaire.

Mieux mesurer pour mieux agir : un chantier encore loin d’être terminé

C’est l’un des constats qui a traversé les discussions : malgré les obligations réglementaires et les nombreuses démarches engagées, nous manquons encore de données suffisamment homogènes pour mesurer précisément l’évolution du gaspillage alimentaire.

Comment savoir si les objectifs nationaux sont atteints lorsque les méthodes de mesure diffèrent d’un secteur à l’autre ? Comment comparer les résultats ou identifier les actions les plus efficaces sans indicateurs partagés ?

Ces questions sont d’autant plus importantes que la révision de la directive-cadre européenne sur les déchets introduit de nouveaux objectifs contraignants à l’horizon 2030 :

  • Une réduction de 10 % des déchets alimentaires dans le secteur de la transformation ;
  • Une réduction de 30 % par habitant dans la distribution, la restauration hors domicile et les ménages, considérés conjointement.

Ces objectifs s’appuient sur une période de référence comprise entre 2021 et 2023. La transposition de ces dispositions dans le droit français devra intervenir d’ici juin 2027.

Ils viennent compléter les objectifs déjà fixés en France par la loi AGEC, notamment la réduction de 50 % du gaspillage alimentaire à l’horizon 2025 pour la distribution et la restauration collective, par rapport à 2015.

La restauration collective illustre bien les enjeux de mesure et d’accompagnement. Formation des équipes, adaptation des portions, meilleure anticipation du nombre de convives : autant de leviers concrets pour réduire les quantités jetées. Mais pour apprécier leur efficacité, encore faut-il disposer de diagnostics fiables et d’outils adaptés aux réalités des établissements.

Mesurer le gaspillage ne doit donc pas devenir une simple obligation administrative : c’est avant tout un moyen de comprendre les pertes, d’identifier leurs causes et d’accompagner les acteurs vers des pratiques plus économes.

La mesure, les données et les indicateurs figurent ainsi parmi les grands sujets de travail identifiés pour poursuivre les réflexions nationales.

Le don alimentaire : lutter contre le gaspillage, sans perdre de vue la qualité de l’alimentation

Autre sujet ayant suscité de nombreux échanges : le don alimentaire.

Si le développement des dons constitue une avancée importante dans la gestion des invendus, plusieurs intervenants ont souligné les limites du système actuel.

Les associations d’aide alimentaire font notamment face à des difficultés logistiques, à des contraintes de stockage et de transport, mais aussi à une qualité parfois insuffisante des denrées reçues. La question de la place des produits ultratransformés dans les dons issus de la grande distribution a également été soulevée.

Ces échanges rappellent une distinction essentielle : réduire le gaspillage alimentaire et garantir l’accès à une alimentation de qualité sont deux objectifs complémentaires, mais qui ne se confondent pas toujours.

Comme cela a été rappelé lors des discussions, les structures recevant les dons alimentaires ne doivent pas devenir des centres de tri des invendus de la distribution.

Pour autant, les échanges ont aussi permis de souligner que de nombreuses enseignes et associations travaillent déjà ensemble pour améliorer les pratiques.

Les participants ont notamment discuté des leviers permettant d’encourager les dons tout en garantissant leur qualité, ainsi que des difficultés rencontrées par les structures associatives. Les questions de fiscalité, de logistique et de contrôle ont été abordées, sans que les propositions évoquées constituent à ce stade de nouvelles dispositions adoptées.

Un approfondissement de ces sujets a été évoqué pour 2027, avec plusieurs axes de réflexion : lever les freins logistiques et réglementaires, améliorer la qualité des dons et faciliter les coopérations entre les différents acteurs.

Autant de questions qui trouvent un écho direct dans les démarches territoriales de solidarité alimentaire, où la coordination entre producteurs, distributeurs, collectivités et associations constitue souvent une condition indispensable à la réussite des projets.

Sensibiliser autrement : accompagner plutôt que culpabiliser

La lutte contre le gaspillage alimentaire passe aussi par une évolution des comportements. Mais comment sensibiliser efficacement les consommateurs sans multiplier les messages culpabilisants ?

Une étude présentée par l’ADEME apporte un éclairage intéressant sur cette question.

Ses enseignements mettent notamment en évidence le rejet des messages trop généraux, moralisateurs ou culpabilisants. Les ménages attendent surtout des solutions simples, concrètes et adaptées à leur quotidien.

Mieux comprendre les dates de consommation, apprendre à conserver les aliments, ajuster les quantités achetées ou cuisinées : ce sont autant de gestes sur lesquels les consommateurs souhaitent être accompagnés.

Comme le résumait la présentation de l’étude :

« Les foyers ne demandent pas à être convaincus, mais qu’on les aide. »

L’enjeu n’est donc plus seulement de convaincre de l’importance de lutter contre le gaspillage alimentaire, mais de donner les moyens d’agir au moment où les décisions se prennent, que ce soit au moment des courses, de la préparation des repas ou de la gestion des restes.

Cette approche invite également à repenser les actions de sensibilisation menées dans les territoires, en privilégiant des dispositifs pratiques et un accompagnement dans la durée plutôt que des campagnes ponctuelles.

Les réseaux RÉGAL : faire vivre la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les territoires

Cartographie des réseaux REGAL

Si les orientations nationales et européennes fixent un cap, leur mise en œuvre repose en grande partie sur les acteurs de terrain.

C’est précisément le rôle des réseaux RÉGAL (Réseaux pour Éviter le Gaspillage ALimentaire), dont les dynamiques régionales ont été mises en lumière à l’occasion de cette plénière.

La rencontre nationale des réseaux RÉGAL, organisée en amont de cette journée, avait également permis de partager les expériences et les projets développés dans plusieurs régions françaises.

En Bretagne, un programme collectif accompagne des entreprises agroalimentaires dans la réalisation de diagnostics et la valorisation de leurs coproduits. En Normandie, une expérimentation autour du défi « Zéro Gaspi, Maxi Économie » vise à accompagner les ménages dans la réduction de leur gaspillage. En Île-de-France, le réseau RÉGAL’im développe des outils de cartographie et de valorisation des initiatives pour favoriser l’interconnaissance et le partage d’expériences.

D’autres démarches, comme les défis collectifs de pesée en restauration ou les projets de formation des futurs professionnels de l’alimentation, illustrent la diversité des leviers mobilisables.

Malgré des approches différentes, ces initiatives partagent une même ambition : mettre en relation les acteurs, faciliter le passage à l’action et permettre aux expériences qui fonctionnent de bénéficier à d’autres territoires.

Car la lutte contre le gaspillage alimentaire ne concerne pas un secteur isolé. Elle implique les agriculteurs, les entreprises agroalimentaires, les distributeurs, les professionnels de la restauration, les associations, les collectivités et les consommateurs.

C’est en favorisant les échanges et les coopérations entre ces acteurs que des solutions adaptées aux réalités locales peuvent émerger.

Et dans le Grand Est ?

Pour le réseau PARTAAGE, cette journée a été l’occasion de mieux identifier les orientations nationales à venir, mais également de nourrir les réflexions autour de la dynamique RÉGAL Grand Est.

Les échanges ont notamment mis en évidence plusieurs enjeux qui résonnent avec les besoins des territoires : améliorer la connaissance des acteurs et des initiatives existantes, accompagner les démarches de diagnostic, faciliter les coopérations autour des invendus et des dons alimentaires, ou encore mieux articuler la lutte contre le gaspillage avec les questions d’accessibilité sociale à l’alimentation.

Autant de sujets qui pourront alimenter les travaux du réseau dans les prochains mois.

La relance de la dynamique RÉGAL Grand Est s’inscrit dans cette volonté de rassembler les acteurs régionaux, de valoriser les initiatives déjà engagées et de construire collectivement des réponses aux problématiques rencontrées sur le terrain.

L’objectif n’est pas de repartir de zéro, mais bien de s’appuyer sur les expériences existantes, de favoriser leur partage et d’identifier les besoins auxquels une animation régionale peut répondre.

Car si la lutte contre le gaspillage alimentaire est une « responsabilité collective et individuelle », comme cela a été rappelé lors de la plénière, elle se construit aussi au plus près des territoires, grâce à celles et ceux qui agissent quotidiennement pour faire évoluer les pratiques.

Et c’est tout l’intérêt des réseaux comme RÉGAL : faire en sorte que les ambitions nationales trouvent une traduction concrète dans les territoires, et que les initiatives locales puissent, à leur tour, nourrir les réflexions nationales.

Dernière modification le 21 octobre 2026 par Hugo – Animation Réseau PARTAAGE


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