Les 21 et 22 septembre 2026, le réseau PARTAAGE était à Dijon à l’occasion des Assises territoriales de l’agroécologie et de l’alimentation. Deux journées de rencontres, de tables rondes, d’ateliers et de visites de terrain pour croiser les regards et les expériences de celles et ceux qui font vivre les transitions alimentaires dans les territoires.
Collectivités, chercheurs, agriculteurs, associations, acteurs économiques, réseaux territoriaux… La diversité des participants reflétait celle des sujets abordés. Car parler d’alimentation, c’est rapidement parler d’agriculture, de santé, d’environnement, de précarité, de foncier, d’économie, de restauration collective ou encore de démocratie.
Pour PARTAAGE, participer à ces Assises était donc l’occasion de prendre du recul, de découvrir des expériences menées ailleurs en France et au-delà, mais surtout d’identifier des réflexions, des méthodes et des initiatives susceptibles de nourrir les dynamiques des territoires du Grand Est.
Après deux journées particulièrement riches, voici quelques-uns des enseignements que nous en retenons.
Penser l’alimentation comme un système
Premier constat : difficile de transformer notre alimentation en travaillant sujet par sujet.
Plusieurs interventions ont rappelé combien les enjeux sont imbriqués. Derrière ce que nous retrouvons dans notre assiette se trouvent des questions de production agricole, de foncier et d’accès à l’eau, mais aussi de transformation, de logistique, de débouchés, de pouvoir d’achat, de santé, de gaspillage alimentaire ou encore d’évolution des habitudes alimentaires.
Cette approche systémique prend tout son sens à l’échelle des Projets alimentaires territoriaux (PAT). Ceux-ci constituent justement des espaces où peuvent se rencontrer des acteurs qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble et où peuvent être mises en relation des politiques publiques encore souvent conduites séparément.
Une question a ainsi traversé de nombreux échanges : comment mieux relier les différents maillons du système alimentaire à l’échelle d’un territoire ?
Les expériences présentées montrent qu’il ne suffit pas, par exemple, de développer une production locale si les débouchés ne suivent pas. À l’inverse, une restauration collective souhaitant faire évoluer ses approvisionnements doit pouvoir s’appuyer sur des producteurs, mais également sur des solutions de transformation et de logistique adaptées.
C’est toute une chaîne qu’il faut parvenir à mettre en mouvement.
Coopérer, cela se construit
Le mot « coopération » a beaucoup résonné pendant ces Assises. Mais les échanges ont aussi montré qu’elle ne se décrète pas.
L’expérience menée à Dijon autour de la restauration collective l’illustre bien. Le travail engagé entre la collectivité et la recherche permet d’expérimenter de nouvelles pratiques, de mesurer leurs effets et de mieux comprendre les freins rencontrés sur le terrain. L’objectif n’est alors pas simplement de démontrer qu’une solution fonctionne, mais de comprendre dans quelles conditions elle peut fonctionner et être reproduite ailleurs.
D’autres expériences présentées au cours des ateliers ont également insisté sur le temps nécessaire pour construire une gouvernance commune, associer habitants et agriculteurs ou encore faire travailler ensemble acteurs publics, associations et monde économique.
Derrière les projets visibles se cache ainsi une réalité parfois moins perceptible : du temps d’animation, de coordination et d’ingénierie.
Pour les PAT et les réseaux territoriaux, cette fonction est loin d’être secondaire. Mettre autour de la table les bons acteurs, créer un langage commun, faire circuler les expériences ou maintenir une dynamique dans le temps font pleinement partie de la transition des systèmes alimentaires.
Une alimentation durable… mais aussi accessible et choisie
Autre sujet particulièrement présent à Dijon : celui de l’accessibilité sociale à l’alimentation.
Les échanges ont notamment invité à dépasser une approche reposant uniquement sur les comportements individuels. Connaître les recommandations nutritionnelles ou souhaiter mieux manger ne signifie pas nécessairement être en capacité de le faire.
Le budget disponible, l’offre alimentaire présente à proximité, les possibilités de déplacement, le temps pour cuisiner ou encore les conditions de vie influencent directement les choix alimentaires.
Cette réflexion conduit à déplacer quelque peu la question : comment passer du « savoir quoi manger » au « pouvoir choisir ce que l’on mange » ?
Plusieurs initiatives présentées pendant les Assises cherchent précisément à explorer de nouvelles réponses : tarifications différenciées, caisses alimentaires, dispositifs participatifs, coopération avec les producteurs locaux ou encore implication directe des habitants dans la construction des projets.
Au-delà de leurs différences, elles posent des questions communes : quelle place donner aux personnes concernées ? Comment préserver le choix et la dignité ? Comment articuler solidarité alimentaire et soutien aux filières agricoles ? Et comment mesurer les effets de ces dispositifs dans le temps ?
Des sujets sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir plus largement dans un prochain article.
Passer des expérimentations à des transformations durables
Les Assises ont enfin permis de découvrir une multitude d’expérimentations locales. Mais derrière chacune d’elles se pose rapidement une autre question : comment inscrire ces dynamiques dans la durée ?
Les priorités mises en avant à l’issue des Assises font directement écho à cette interrogation : donner aux territoires les moyens humains, réglementaires et financiers d’agir dans le temps, structurer les filières de la production jusqu’à la consommation, mieux répartir la valeur ou encore renforcer les liens entre politiques publiques, recherche et acteurs de terrain.
La visite de la légumerie de Dijon Métropole en a donné une illustration très concrète.
Derrière l’outil de transformation se trouve en réalité toute une organisation : planifier les besoins des cuisines, travailler avec les producteurs, organiser la logistique, adapter les légumes aux contraintes techniques de transformation, faire évoluer certains menus et trouver un équilibre économique.
Autrement dit, l’équipement seul ne fait pas la filière. C’est son articulation avec les producteurs, les intermédiaires, les cuisines et les débouchés qui lui donne son sens.
Là encore, nous reviendrons prochainement plus en détail sur cette visite et sur les enseignements qu’elle peut apporter aux territoires qui réfléchissent à leurs propres outils de transformation.
Et maintenant ?
S’il fallait retenir une idée de ces deux journées, ce serait peut-être celle-ci : aucun acteur ne peut, seul, transformer un système alimentaire territorial.
Les solutions existent et les expérimentations se multiplient. L’enjeu est désormais de créer les conditions permettant de les partager, de les adapter aux réalités de chaque territoire et, lorsque cela est pertinent, de les inscrire durablement dans les politiques et les pratiques.
C’est précisément là que les réseaux ont un rôle à jouer.
Pour PARTAAGE, ces Assises constituent donc moins un point d’arrivée qu’une nouvelle matière à partager avec les acteurs du Grand Est.
Dans les prochaines semaines, nous reviendrons plus particulièrement sur deux sujets explorés à Dijon : les nouvelles formes de solidarité et de participation autour de l’alimentation, ainsi que la légumerie de Dijon Métropole et son articulation avec les producteurs et la restauration collective.
De quoi continuer à faire circuler les expériences… et à nourrir les coopérations.
Dernière modification le 24 septembre 2026 par Hugo – Animation Réseau PARTAAGE
