Quelle place pour les femmes en agriculture en 2025 ?

Retraite, congé maternité, statut d’entreprise… les combats menés par les agricultrices sont nombreux pour trouver leur juste place dans le secteur agricole. Si des droits sont sûrement encore à conquérir, à l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes (le 8 mars), nous avons souhaité donner la parole à des femmes qui s’engagent, de différentes manières dans le milieu agricole.

Selon les chiffres de la mutualité sociale agricole (MSA) datant de 2022, 29,5 % des exploitations agricoles et entreprises agricoles sont dirigées par une femme. Dans 17 % des cas, elles sont dirigées uniquement par des femmes, et dans 12,5 % par une équipe mixte. Les agricultrices sont donc des cheffes d’exploitation et leur statut a fortement évolué au cours des années pour leur apporter davantage de protection juridique et sociale. Mais au sein d’un milieu majoritairement masculin, l’agriculture au féminin doit encore se construire au quotidien et dans différents espaces

Se serrer les coudes, au féminin

Depuis janvier 2023, 12 agricultrices se regroupent plusieurs fois par an au sein du groupe d’entraide en non-mixité au sein du Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAM) de l’Oasis en Champagne-Ardennes. D’âges et de filières différentes, elles se regroupent pour échanger mais aussi pour se former. « C’est venu du besoin d’une adhérente et nous avons construit ce groupe basé sur l’interconnaissance et l’éducation populaire. Cela peut être de la co-résolution de problèmes sur leurs fermes, ou des formations en fonction des compétences du groupe comme celle faite sur la conduite de benne par exemple » explique Marion Mounayar, animatrice du groupe.

En effet, de plus en plus de femmes deviennent cheffes d’exploitation mais parfois, elles ne se retrouvent pas dans la manière de travailler dans le secteur agricole. Céline Guillemin-Mortas, agricultrice témoigne de son expérience :. « Nous avons décidé ce qu’on voulait travailler. Il y avait l’aspect technique car c’est un travail compliqué physiquement et parfois en tant que femme on peut se sentir jugée. On organise aussi des journées « pompier » : si l’une de nous a besoin, elle appelle les autres. Ainsi, on a pu aider une agricultrice du groupe qui devait planter des arbres. Il y a une vraie solidarité ». La gestion du matériel au quotidien et de la posture de cheffe d’entreprise sont des questions centrales qui se retrouvent aussi dans la bande dessinée dédiée à la place des femmes en agriculture : « Il est où le patron ? » .

Une représentation limitée dans les instances agricoles

Mais la place des femmes dans l’agriculture ne se limite pas à l’exploitation agricole. Les agricultrices s’engagent aussi dans les instances représentatives comme les chambres d’agriculture, les syndicats ou les coopératives.

« L’engagement, c’est avant tout avec ses tripes, ce n’est pas à être au masculin ou au féminin », explique Lydie Saunier, ancienne vice-présidente de la Chambre d’agriculture Grand-Est. Installée avec son frère sur la ferme familiale en polyculture élevage, elle est rapidement contactée en 2007 pour se présenter comme élue à la chambre d’agriculture du département des Vosges.  » Je leur ai dis que si je viens à la chambre, c’est pour bosser, pas pour faire potiche parce que je suis une femme  » . Rapidement, elle travaille sur les sujets de la formation, de l’installation agricole et de la vie des entreprises.

 Si Lydie Saunier craignait d’être reléguée au rôle de « potiche » c’est qu’afin de garantir une certaine mixité, selon la loi, au moins un candidat de chaque sexe tous les 3 candidats doit être représenté sur les listes de chaque collège lors des élections aux chambres d’agriculture. Mais la loi ne prend pas en compte les bureaux des instances ni les conseils d’administration. Ainsi, par exemple, seules 2 femmes sur 34 membres (soit 6%) siègent au bureau national des chambres d’agriculture et 1 seule femme sur 25 membres (soit 4%) au bureau du syndicat majoritaire de la FNSEA.

Mais l’évolution est en marche, en témoigne l’histoire de Lydie Saunier : « Mon père était élu agricole, et ma mère gérait la ferme quand il s’absentait, elle donnait à manger aux vaches. Elle était dans l’ombre et s’occupait de la famille. C’est grâce à leurs soutiens que j’ai pu à mon tour m’engager sur la ferme et que j’ai eu l’énergie pour devenir élue de chambre d’agriculture ». 

Un enseignement agricole en (r)évolution

S’il est un endroit où la place des femmes a réellement progressé, c’est sur les bancs des écoles. Selon le ministère de l’agriculture, dans l’enseignement agricole court, comme le Bac de Technicien Supérieur Agricole (BTSA), les femmes représentent près de 50 % des effectifs, et « dans l’enseignement supérieur agricole long (études agronomiques, vétérinaires et de paysage), les étudiantes représentent 61% des effectifs en 2023, alors qu’elles n’étaient que 20% en 1975. ». Une vraie (r)évolution ! Toutefois les stéréotypes de genres demeurent et se traduisent notamment dans l’orientation des jeunes femmes l’issue de leurs études. C’est pourquoi Le ministère de l’agriculture a signé deux conventions avec l’association 100 000 entrepreneurs et le Centre Hubertine Huclert au Salon international de l’agriculture pour intensifier les actions en faveur de la parité et sensibiliser les élèves à ces questions.

Qu’on se le dise, que ce soit à la ferme, dans les instances, ou sur les bancs de l’école, les agricultrices sont dans la place et creusent leur sillon !

Cet article a été réalisé par et en collaboration avec Virginie MONTMARTIN, journaliste agricole et créatrice du podcast « Agri quoi?! » 

Dernière modification le 2 avril 2025 par Citoyens et Territoires


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